Lâhallucination est un des mystĂšres les plus fascinants de la vie des sens : comment peut-on percevoir quelque chose lĂ oĂč il nây a rien ? Une interrogation surgit aussitĂŽt : et si lâhallucination rĂ©vĂ©lait, nĂ©gativement et paradoxalement, la nature cachĂ©e de la perception ? Et si, paradoxe ultime, la perception nâĂ©tait quâune hallucination qui « rĂ©ussit » ?
Mathieu FrĂšrejouan poursuit ici une double enquĂȘte. Il raconte tout dâabord comment le terme dâhallucination, depuis le 18e siĂšcle, a changĂ© de sens et de valeur, entre mĂ©decine de lâĆil, du cerveau et de lâesprit. Car, Ă cĂŽtĂ© des hallucinations effrayantes du grand alcoolique poursuivi par des rats, ou celles du psychotique qui entend ses « voix », il y a lâimmense foule des bizarreries auxquelles lâhallucinĂ© ne croit pas, ou pas autant, bien quâil les perçoive : « mouches volantes » de lâophtalmologue, visions sous mescaline, apparitions « lilliputiennes », etc. Or cette histoire apporte un matĂ©riau original Ă un dĂ©bat qui fait rage en philosophie : comment distinguer une hallucination dâune perception ? Ce dĂ©bat a connu des dĂ©veloppements dĂ©cisifs dans la « philosophie du langage ordinaire » (avec Austin). Savons-nous bien, en effet, ce que nous voulons dire quand nous parlons de « voir », ou du « rĂ©el », ou de lâillusoire, du familier et de lâĂ©trange ? Peut-on invoquer des cas pathologiques pour Ă©clairer des situations banales ? Et, pour halluciner au sens strict, ne faut-il pas aussi dĂ©lirer ?
Lâhallucination, perception « sans objet » ? Mathieu FrĂšrejouan dĂ©joue les piĂšges que recĂšle cette formule consacrĂ©e en psychiatrie, dans un dialogue Ă©tonnant auxquels prennent part Edvard Munch, un obscur psychiatre russe hallucinĂ©, cousin de Kandinsky, Esquirol et Wittgenstein, les premiers spectateurs effrayĂ©s du cinĂ©matographe des frĂšres LumiĂšre, divers lecteurs de Condillac, et dâaustĂšres philosophes analytiques qui hallucinent des lapins roses.
 ISBN : 9782490350452
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