Les Rencontres Philosophiques de Monaco
Quand on est jeune, il ne faut pas hésiter à s’adonner à la philosophie, et quand on est vieux, il ne faut se lasser d’en poursuivre l’étude. Car personne ne peut soutenir qu’il est trop jeune ou trop vieux pour acquérir la santé de l’âme.
Épicure, « Lettre à Ménécée »
Actualités
10 décembre 2026 // Le charme
Au Théâtre Princesse Grace
Le charme ressemble un peu à la modestie : il disparaît dès qu’il se revendique et se dit. Aussi semble-t-il n’être ni « rien », car il arrive bien de « tomber sous le charme », ni « quelque chose », car chacun pourrait alors et selon son bon plaisir, s’en approprier. Il n’est guère, en tous cas, une « propriété » stable ou un attribut des choses et des êtres – on n’a pas le charme comme on a un petit nez, de grandes jambes ou comme le rosier a des épines – et il ne possède pas une « essence » d’où procéderaient toutes ses formes. Peut-être est-il alors un assemblage d’affects, d’émanations sensibles, d’ « apparitions », de productions de sensations et de perceptions capable de produire une « ambiance », une atmosphère, une aura – un peu comme une légère brume qui soudain donne à l’étang une étrange beauté. Mystère, dynamisme invisible, puissance sans source identifiable, le charme n’existerait que fugacement dans le flux qu’il crée entre ce qui en est la source – une personne, un paysage, une musique – et l’être humain qui en reçoit l’effet magique. Il a l’air, en ce sens, d’être comme un philtre – un philtre d’amour. De fait, il l’est, par son origine. Le charme, du latin carmen (anciennement casmen, sanscrit çasman, de çañs, célébrer) est d’abord chant, enchantement, vers, formule incantatoire, et, en ce sens, est bien le sosie du fascinum (le fascino, par quoi l’italien traduit charme, et qu’on retrouve dans fascination), qui désignait le sort, le sortilège, le maléfice ou le mauvais œil, tout ce qui peut « attacher », astreindre, lier. Autrement dit, le charme, originellement, était bien quelque chose : une faculté d’envoûter, d’ensorceler – mais alors que la fascination est l’effet d’un pouvoir captivant qui immobilise et hypnotise, enchaîne et lie, réalisant une sorte de captation de volonté, le charme, lui, semble avoir perdu au fil du temps sa capacité d’envoûter et de paralyser, et se contente, sans le vouloir, d’attirer par sa simple grâce (…)
Robert Maggiori / © Les Rencontres Philosophiques de Monaco