Comment tu me parles?!

Conversation

Cet événement est intégré au cycle « Semaine PhiloMonaco 2024 »

Certains chercheurs ont pu Ă©tablir, avec des mĂ©thodes certainement sĂ©rieuses, que, lors d’une conversation entre deux personnes, ce qui est explicitement dit compte relativement peu dans ce qui est signifiĂ© (10, 20 %), et beaucoup moins, en tous cas, que le langage corporel (50 %), qu’on ne maĂźtrise guĂšre, ou le ton de la voix (30 %), lequel peut transmettre des informations psychologiques qui dĂ©passent, dĂ©forment, annihilent ou renforcent le message verbal. C’est la raison pour laquelle, ne comprenant strictement rien de la langue qu’utilise une personne qui s’adresse Ă  nous, on comprend quand mĂȘme quelque chose de sa maniĂšre d’ĂȘtre, de son Ă©tat Ă©motionnel, son dĂ©sarroi, sa gaĂźtĂ©, etc. Le ton, qui module la voix en hauteur, en intensitĂ© et en timbre, est en lui-mĂȘme un signifiĂ©, et modifie ou module, comme le font aussi l’accent, le rythme, le dĂ©bit, toute la communication orale. Le ton ne se rĂ©fĂšre pas seulement au son de la voix, mais Ă  la maniĂšre de parler et Ă  la façon dont s’expriment les sentiments ou les Ă©tats d’ñme : un ton doctoral ou moqueur n’a rien Ă  voir avec la musicalitĂ© vocale, et si on prie un interlocuteur de « changer de ton » ou de « baisser d’un ton » on ne lui demande pas de passer d’un do Ă  un si bĂ©mol, mais d’ĂȘtre moins agressif ou arrogant, de rabattre ses airs de supĂ©rioritĂ©. « C’est le ton qui fait la chanson », dit le proverbe, qui s’entend aussi sans musique : c’est la maniĂšre dont on exprime les choses, le ton que l’on prend pour les dire qui dĂ©note les vĂ©ritables intentions de ceux et celles qui se parlent. Dans la conversation sociale, depuis quelques annĂ©es – en partie Ă  cause des messageries instantanĂ©es et des rĂ©seaux sociaux, qui, dans la recherche continue du buzz, exigent de vocifĂ©rer pour se faire entendre – le ton a changĂ©, comme si le durcissement des Ă©changes politiques, le frĂ©quent passage de la revendication Ă  l’action violente, l’éco-anxiĂ©tĂ©, les conflits armĂ©s, la prĂ©caritĂ© Ă©conomique, l’incivilitĂ© diffuse, etc. avaient dĂ©teint sur le langage lui-mĂȘme, de plus en plus envahi d’invectives, de moins en moins armĂ© d’argumentations, et, bien Ă©videmment, sur le ton – lequel se « hausse » Ă  mesure qu’il devient plus difficile de « se parler ».

Intervenants

Camille Riquier

Professeur et doyen de la facultĂ© de philosophie Ă  l’Institut Catholique de Paris, membre du Jury

Camille Riquier est professeur et doyen de la facultĂ© de philosophie Ă  l’Institut Catholique de Paris, membre de la revue


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Vincent Delecroix est philosophe et Ă©crivain. Ancien Ă©lĂšve de l’École normale supĂ©rieure, docteur et agrĂ©gĂ© en philosophie il est aussi


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Claire Marin

Philosophe, membre du Jury

Claire Marin est philosophe et membre du Centre international d’études de la philosophie française contemporaine Ă  l’École normale supĂ©rieure et


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