Un enfant pas comme les autres

Conversation

Cet événement est intégré au cycle « Semaine PhiloMonaco 2024 »

Un individu – à savoir « ce qui ne peut pas ĂȘtre divisĂ© davantage » – est unique et n’est semblable Ă  personne, alors qu’une personne, conscience et sujet, est semblable Ă  toute autre personne, Ă©gale en droits, en valeur, en dignitĂ©. En d’autres termes, si l’individu est une particularitĂ©, la personne est non une gĂ©nĂ©ralitĂ© mais l’appartenance Ă  un « genre », le genre humain. A la fois ĂȘtre social, ĂȘtre moral et ĂȘtre biologique, la personne ne cesse jamais (fĂ»t-elle dĂ©funte) d’ĂȘtre une personne, quand bien mĂȘme – sous peine de sanction, y compris pĂ©nale – elle bafouerait les lois de la sociĂ©tĂ©, contreviendrait aux rĂšgles morales en vigueur ou, du point de vue biologique, manifesterait soit une dĂ©ficience soit un excĂ©dent de capacitĂ©s. Il arrive cependant qu’on dise, par exemple de son enfant, qu’il n’est pas « comme les autres ». Est-ce pour souligner l’originalitĂ© du petit individu, dont on serait marri qu’il fĂ»t « comme tous les autres », sans particularitĂ© aucune, sans relief, banal et interchangeable ? Certes non. Dire d’un enfant qu’il n’est pas « comme les autres » s’entend aussitĂŽt comme constat d’une diffĂ©rence, tantĂŽt par excĂšs de possibilitĂ©s, d’aptitudes, d’habilitĂ©s physiques ou intellectuelles – l’enfant « surdoué », disait-on – tantĂŽt par dĂ©faut de ces facultĂ©s, limitation ou restriction des capacitĂ©s expressives, perceptives, relationnelles, dont la cause est Ă  chercher soit dans un trouble de santĂ© invalidant, soit Ă  la suite d’un accident ou d’un traumatisme, soit par l’altĂ©ration temporaire ou de longue durĂ©e des fonctions physiques, motrices, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques. On sait que la « diffĂ©rence », mĂȘme lorsqu’elle ne tient Ă  aucune diminution de la capacitĂ© de se mouvoir, d’agir ou d’entendre mais Ă  la couleur de la peau, Ă  l’orientation sexuelle ou au credo religieux, provoque souvent le rejet – ce qui est plus que paradoxal, puisque c’est par la diffĂ©rence qu’il y a vie et que nous nous constituons comme ĂȘtres humains. Mais comment comprendre et admettre que l’« enfant pas comme les autres » puisse le provoquer, s’il est et demeure une personne Ă©gale Ă  toutes les autres en respect et dignitĂ©, et si, comme individu, il appelle une attention particuliĂšre, un surplus de prĂ©venance et de sollicitude, un regard portĂ© sur lui qui lui dise : « Je ne regarde pas ce que tu ne peux pas faire, mais je regarde ce que tu sais faire ! » ?

Intervenants

Claire Marin

Philosophe, membre du Jury

Claire Marin est philosophe et membre du Centre international d’études de la philosophie française contemporaine Ă  l’École normale supĂ©rieure et


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Bertrand Quentin est diplĂŽmĂ© de HEC, agrĂ©gĂ© et docteur en philosophie. Il est maĂźtre de confĂ©rences HDR Ă  l’UniversitĂ© Gustave


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Frédérique Bonnet-Brilhault

Médecin, pédopsychiatre et professeure

Frédérique Bonnet-Brilhault, est psychiatre et professeure de physiologie à l'Université de Tours. Elle est responsable du Département Universitaire de Psychiatrie


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