Se mettre en maillot

Cet événement est intégré au cycle « Semaine PhiloMonaco 2024 »

Le maillot de bain, qu’il soit une piĂšce, bikini, tanga, string, pour une femme, ou, pour un homme, slip, boxer, short, boardshort, ouvre Ă  un paradoxe que ne prĂ©sente aucun autre vĂȘtement : on ne sait pas s’il habille ou dĂ©shabille, s’il Ă©vite la nuditĂ© et en protĂšge, ce que regretterait un(e) adepte du naturisme, ou, au contraire, la souligne, la renforce, l’exhibe, comme le craignent les pudibonds. Dans tous les cas, il ne faudrait pas oublier qu’un tel « costume » est d’abord de bain, autrement dit fait pour ĂȘtre dans l’eau et nager, et qu’il se doit donc d’ĂȘtre le plus fin et le plus « glissant » possible, telle qu’est la peau nue. Son idĂ©al est donc de n’ĂȘtre « presque pas ». Aussi a-t-on du mal Ă  imaginer que dans les siĂšcles antĂ©rieurs il ait pu ĂȘtre en laine et coton, et, au sortir de l’eau, peser des kilos, ou qu’il recouvrait tout le corps, non pour des raisons de pudeur mais parce qu’il fallait Ă©viter Ă  tout prix que le corps perde sa blancheur – signe de noblesse – et se recouvre d’un bronzage disgracieux et vulgaire. Il est difficile de dire quand commence l’histoire du maillot de bain. PrĂšs de la ville sicilienne de Enna, Ă  Piazza Armerina, on peut voir une mosaĂŻque du IIIe siĂšcle aprĂšs
J.-C. qui reprĂ©sente une douzaine de jeunes filles : elles sont habillĂ©es de deux bandes de tissu, recouvrant, l’une, le bas du ventre, l’autre, sans bretelles, la poitrine – et ressemblant en tous points Ă  un bikini. Mais elles ne s’apprĂȘtent pas Ă  se baigner : elles jouent, ou dansent. Il est vrai que dans l’AntiquitĂ© « se baigner » n’était pas une coutume, ni dans la mer ni dans une autre Ă©tendue d’eau. Ablutions et purifications se faisaient dans les vasques des fontaines publiques, les piscines d’eau tiède (caldarium) ou les thermes – sans qu’un « habillement » particulier soit nĂ©cessaire. L’histoire du maillot de bain, en tant que tel, Ă©pouse donc celle de la baignade, de la pratique, nĂ©e Ă  Paris au milieu du XVIIIe siĂšcle, qui consiste Ă  se rendre sur les plages normandes ou mĂ©diterranĂ©ennes pour goĂ»ter aux salutaires (disait-on alors) bains de mer. DĂšs lors, le maillot de bain devient quasiment un objet kalĂ©idoscopique, oĂč convergent, mĂȘlĂ©es, les significations de multiples « histoires », l’histoire des rapports au rivage, l’histoire du tourisme, l’histoire des coutumes, de la mode, de l’industrie, des mentalitĂ©s, du sport, de l’esthĂ©tique, de la pudeur, de la sexualitĂ©, du fĂ©minisme, de la liberté  Rarement un tout petit bout de tissu aura eu tant de scintillements sĂ©mantiques !

Intervenants

Marie-Aude Baronian est docteur en philosophie et en Ă©tudes cinĂ©matographiques, elle enseigne au dĂ©partement Media Studies l’esthĂ©tique filmique, la culture


En lire plus

Chantal Thomas

de l'Académie française

Officier de l’Ordre National du MĂ©rite Commandeur des Arts et des Lettres. AprĂšs avoir enseignĂ© la littĂ©rature aux U.S.A. pendant


En lire plus

Laurence Delamare

Directrice du 7L et de la narration Ă©ditoriale mode de CHANEL

Née à Rouen, France, en 1968, diplÎmée en droit des affaires et droit international et européen, Laurence Delamare débute dans


En lire plus

Thierry Consigny

Publicitaire et directeur marketing de Monte-Carlo Société des Bains de Mer, auteur et enseignant à Sciences Po

Thierry Consigny, publicitaire, directeur marketing de Monte-Carlo SociĂ©tĂ© des Bains de Mer, est l’auteur de quelques livres autobiographiques publiĂ©s chez


En lire plus

Partagez