Le vin

Cet événement est intégré au cycle « Semaine PhiloMonaco 2024 »

Le vin aime bien la philosophie, et va bien avec elle – un rosĂ© frais sied Ă  l’apĂ©ritif, un soir d’étĂ©. Dans la GrĂšce antique, il accompagnait les discussions philosophiques. On le voit dans Le Banquet de Platon, oĂč chaque convive est appelĂ© Ă  faire l’éloge de l’amour, tout en mangeant et en buvant Ă  loisir un vin mĂȘlĂ© d’eau et chauffĂ©, que les convives, s’ils sont amants, se passent de bouche en bouche. À la fin tout le monde est saoul, abruti, et s’écroule dans un sommeil Ă©thylique – sauf Socrate, dont la sagesse est telle qu’elle sait saisir la limite entre ivrognerie et ivresse. Dans un autre texte, Les Lois (649a), Platon dit ceci du vin : « L’homme qui en boit ne se rend-il pas tout de suite lui-mĂȘme, pour commencer, de meilleure humeur qu’il n’était auparavant ? À mesure qu’il y goĂ»te davantage, ne fait-il pas que de plus nombreuses espĂ©rances l’emplissent, ainsi qu’une puissance imaginaire ? Et mĂȘme Ă  la fin, un tel homme qui se figure ĂȘtre sage, n’est-il pas tout plein de la plus complĂšte libertĂ© en ses propos, de la plus complĂšte absence de crainte, au point de n’hĂ©siter Ă  dire, ni mĂȘme Ă  faire n’importe quoi ? ». L’apprĂ©ciation semble plutĂŽt positive : le « nectar des dieux » est source de plaisir, de bonne humeur, dĂ©bride et dĂ©cuple les forces de l’imagination, libĂšre la parole, brise les inhibitions
 Le bĂ©mol n’est qu’à la fin : sous l’emprise de l’alcool, l’individu peut « dire et faire n’importe quoi ». Et n’ĂȘtre pas beau Ă  voir : vocifĂ©rations, vomissements, diurĂšse, cĂ©phalĂ©es, excitation sexuelle, troubles de la vision et de la motricitĂ©, violence, et, surtout, restriction du jugement et du sens moral. Mais ce mĂȘme « excĂšs », qui fait tourner l’action en exaction, la parole ordonnĂ©e en incomprĂ©hensible logorrhĂ©e, la pensĂ©e en dĂ©lire, est aussi le moyen de faire s’enflammer la fantaisie, de susciter des discours enjouĂ©s, brillants, inouĂŻs, d’aller « au-delĂ  de soi-mĂȘme », sinon nouer un dialogue dionysiaque avec des puissances divines. Si le vin aime la philosophie, c’est qu’il lui plaĂźt de jouer avec elle, de la pousser, elle si raisonnable, vers ses derniers retranchements, vers ce seuil trouble oĂč la raison vacille, encore ancrĂ©e Ă  la mesure, Ă  ce que la raison peut maĂźtriser, et dĂ©jĂ  inspirĂ©e ou aspirĂ©e par la dĂ©mesure, qui lui fait entrevoir ce qui lui Ă©chappe. Et si la philosophie aime le vin, c’est que celui-ci l’oblige Ă  ĂȘtre plus « terrestre », l’invite Ă  se pencher vers la terre, le terroir, les sols argileux, calcaires ou sablonneux, le monde minĂ©ral et vĂ©gĂ©tal, et Ă  nouer des rapports fertiles avec toutes les disciplines, les savoirs, les expĂ©riences, les traditions, les langages que le vin mobilise, l’Ɠnologie bien sĂ»r, mais aussi la gĂ©ographie, l’agronomie, la gĂ©ologie, la botanique, la bactĂ©riologie, la chimie, l’histoire, la technologie, la gastronomie, la climatologie, l’anthropologie, la religion, la mythologie


Intervenants

Robert Maggiori

Membre fondateur / Philosophe

Robert Maggiori est philosophe, traducteur, journaliste, critique littĂ©raire et philosophique (LibĂ©ration). Il a publiĂ© plus d’un millier d’articles, dont des


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Pierre-Yves Quiviger est professeur des universitĂ©s en philosophie Ă  l’universitĂ© Paris 1-PanthĂ©on-Sorbonne, dont il dirige l’UFR de philosophie. Normalien, agrĂ©gé 

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Maxime Pastor

Sommelier

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