La chambre d’hôtel

Cet événement est intégré au cycle « Semaine PhiloMonaco 2024 »

Qu’elle soit miteuse, quelque peu sale, sans confort, étroite, poussiéreuse, ou bien luxueuse, spacieuse, ouvrant sur le grand large, arrangée de façon exquise, la chambre d’hôtel est toujours « double », au sens d’agent double : elle est une demeure, mais où on ne demeure que par séjours, intermittences, elle est un « chez soi » mais où l’on ne se sent jamais « chez soi », puisque y volent invisibles les fantômes des hôtes d’hier et ceux de demain, elle est cet « hôtel » qui, comme son nom l’indique, est fait pour donner l’hospitalité, mais où l’hôte est celui qui vient et paie, non celui qui reçoit, ou gracieusement recevrait. « Double », elle est donc lieu de mystère, lieu de nulle part  ou de partout, puisque, identique, elle peut se trouver à Berlin ou New Delhi, Venise ou Paris lieu mental ou lieu extraterritorial, comme sont extraterritoriaux les mythes, les œuvres d’imagination, les chimères, les rêveries. C’est pourquoi le cinéma en a souvent fait le décor de ses intérieurs-nuit et intérieurs-jour : Grand Hotel (1932, avec Joan Crawford et Greta Garbo), Hôtel du Nord (1938, Marcel Carné), The Grand Budapest Hotel (2014, Wes Anderson), le Park Hyatt Tokyo (Lost in Translation, Sofia Coppola, 2003), l’Overlook Hotel de Shining (1980), le Bates Motel de Psychose (1960), le St. Regis du Parrain (1972), le Beverly Wilshire de Pretty Woman (1990)… La littérature n’est pas en reste, qui fait déambuler ses héros et ses héroïnes dans les auberges, les hôtels, les motels, les resorts… Il existe des hôtels littéraires, qui invitent à « venir marcher sur les traces » d’Arthur Rimbaud, Victor Hugo, George Sand ou Stendhal, et d’autres, partout dans le monde, qui cultivent le souvenir des écrivains, qui, dans le silence d’une chambre, ont, malades, fini leur vie, se sont suicidés, ont écrit, rêvé, vécu des passions dévorantes, connu l’ennui, la fête, les orgies, les drogues, les beuveries, les plaisirs solitaires, de tendres nuits conjugales, des nuits de frénésie créatrice, des amours clandestines : Oscar Wilde (Hôtel d’Alsace, Paris), Cesare Pavese (Albergo Roma, Turin), Ernest Hemingway (Ambos Mundos Hotel, La Havane), Agatha Christie (Pera Palace Hotel, chambre 411, Istanbul), J. K. Rowling (The Balmoral, Édimbourg), John Dos Passos (Locanda Cipriani, Torcello Venise), Vladimir Nabokov (Fairmont Le Montreux Palace, Suisse), Marcel Proust (Grand Hotel de Cabourg), Virginia Woolf (Royal Victoria Hotel, chambre 105, Pise)… Il serait donc peu avisé de ne faire de la chambre d’hôtel, lieu de tous les secrets, que l’indifférent endroit où l’on pose ses valises et se décharge de ses fatigues.

Intervenants

Thierry Consigny

Publicitaire et directeur marketing de Monte-Carlo Société des Bains de Mer, auteur et enseignant à Sciences Po

Thierry Consigny, publicitaire, directeur marketing de Monte-Carlo Société des Bains de Mer, est l’auteur de quelques livres autobiographiques publiés chez…

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Chantal Thomas

de l'Académie française

Officier de l’Ordre National du Mérite Commandeur des Arts et des Lettres. Après avoir enseigné la littérature aux U.S.A. pendant…

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Louis Starck

Directeur général de l'Hôtel Hermitage Monte-Carlo

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