Si on se réfère au livre cardinal d’Eric Fromm, Etre et avoir (1976), l’existence humaine se déploierait sur deux versants différents: celui, statique, de l’acquisition, de la possession, de l’accumulation, de la protection, et celui, dynamique, de la « sortie de soi », de l’action, de la création, de la participation, de l’engagement… Il apparaît trop évident alors que être doit primer sur avoir, l’un renvoyant à une incessante activité de transformation, fondée sur l’indépendance, la liberté, la raison critique, par quoi l’individu réalise ses propres potentialités morales, civiques, intellectuelles et peut établir avec les autres des rapports de solidarité, l’autre ne favorisant que l’« engraissement de soi », la thésaurisation, le cumul de biens matériels, la capitalisation de biens symboliques, le souci du status social, de la reconnaissance, des honneurs, ainsi que l’angoisse constante de les perdre. Il semble bien, pourtant, que rien n’ait jamais affaibli le désir d’avoir, que la structure capitalistique de nos sociétés, par ses appareils idéologiques de persuasion, fait sans cesse renaître en multipliant à l’infini les « choses » qu’il faut « absolument avoir » sous peine de paraître déclassé. Mais chez la personne elle-même, quels ressorts intimes créent, valorisent ou flattent le « désir d’avoir », dont il appert, nul ne pouvant « tout avoir », que jamais il ne peut être comblé ?
Robert Maggiori