La démocratie se doit de contrôler sans cesse l’état du contrat social qui la fonde, de s’assurer que des pouvoirs limitent les pouvoirs du Pouvoir, de vérifier les protections de la liberté de chaque citoyen(ne) et la garantie des droits… Ces tâches échoient à la raison, aux procédures rationnelles que fixent les législations, les élections, le débat public. Dans les sociétés contemporaines, ces dynamiques semblent avoir été troublées par l’irruption – via les réseaux sociaux entre autres – de forces qui ne doivent ni à la volonté ni à la raison mais au sentiment, aux passions, aux désirs, à l’indignation, à la plainte, à l’envie, à l’impression que des individus ou des groupes ont d’être invisibles, « sans voix », ignorés, humiliés… Est-ce un danger pour la démocratie, ou une chance qu’elle aurait d’enfin tenir compte de revendications qui ont d’autres fondements que « rationnels » ?
Robert Maggiori