Philoblog

Atelier philosophique : « Est-ce que ça peut être bien de s’ennuyer ? »

Avec l’épisode Les Titans (Mily Miss Questions)
Dans le cadre des Journées « Les Jeunes philosophent » : LE TEMPS, Mai 2020

 

Philosophons avec nos enfants !

Plus que jamais, prenons le temps de philosopher avec les enfants, offrons-leur des oasis de pensée pour répondre à toutes les questions qu’ils se posent inévitablement en ces temps de crise. Lire, écouter, raconter des histoires permet d’aborder avec délicatesse, poésie et humour des thématiques parfois angoissantes, même pour les adultes. Elles sont une excellente médiation pour philosopher avec les enfants : que ce soit pour les parents ou les enseignants, discuter à partir d’une histoire permet de mettre un peu de distance pour penser sans être envahis par les émotions. La littérature permet ainsi d’approfondir la réflexion, de sortir de l’anecdote et de prendre du recul pour penser de façon plus sereine. Les histoires nous amusent, nous divertissent, nous font voyager, mais elles nous aident aussi et surtout à grandir et à mieux donner sens aux mondes.

 

Quelques pistes philosophiques pour en discuter avec les enfants

Durant le temps de confinement, nous avons pu faire l’expérience de l’ennui. C’est peut-être une expérience inédite pour nos enfants car dans nos sociétés contemporaines ils sont plutôt sur-sollicités en activités de toute sorte. Ils n’ont pas le temps de s’ennuyer. Leur rapport au temps est plutôt au quotidien – comme pour les parents d’ailleurs ! – celui de la vitesse, du zapping, de l’immédiateté. Il n’y a guère de place pour le vide, le silence, pour ce qu’on appelle parfois terriblement des « temps morts »…

Dans une première acceptation, l’ennui peut avoir une connotation négative et susciter l’angoisse du vide, de la tristesse, du désœuvrement. L’expérience de l’ennui peut venir aussi d’un manque d’intérêt et de motivation pour des activités répétitives et imposées. L’ennui renvoie alors à la morosité du quotidien, à la routine (comme chez Madame Bovary) ou la répétitivité de tâches sans aucun intérêt ni surtout aucun sens (comme dans Les temps modernes de Chaplin). La tristesse, l’angoisse et le sentiment de vacuité qui en découlent est la face noire et négative de l’ennui, tel le « spleen » de Baudelaire.

Pourtant il est aussi possible d’apprécier l’ennui, comme un temps enfin libre qui peut stimuler la créativité. On en profite alors pour rêver, imaginer, se retrouver, prendre le temps de réfléchir sur le monde et sur soi – comme dans l’épisode de Mily « Les titans ». C’est ici la face positive de l’ennui. Ceux qui craignent d’ailleurs l’ennui et surchargent leur emploi du temps, ceux qui redoutent le vide et le silence, craignent peut-être surtout ce face à face avec soi-même.

Il faut donc distinguer un ennui négatif, qui renvoie au vide et l’absence de sens et un ennui positif qui permet l’introspection, l’imagination, la rêverie, la créativité, la réflexion. Pendant le temps du confinement, nous avons souvent entendu cette phrase du philosophe Pascal : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. »

 

Résumé de l’histoire

Mily s’ennuie : elle tourne en rond dans sa chambre. Elle semble avoir fait le tour de toutes les activités possibles et ne sait vraiment plus quoi faire. Ce désœuvrement la rend triste. Sa mère lui dit que ce n’est pas grave de s’ennuyer, bien au contraire ! Car l’ennui peut aussi être source de créativité. Pas trop convaincue, Mily va chercher des réponses auprès de ses meilleurs amis.


Regarder l’épisode

 

Questions de relance pour discuter avec les enfants

– Y a-t-il un personnage du dessin animé avec qui tu es le plus d’accord ? Pourquoi ?
– Est-ce que ça peut être bien de s’ennuyer ?
– S’ennuyer : c’est ne rien faire ou faire quelque chose qui ne nous plaît pas ?
– Est-ce que quand on s’ennuie le temps passe plus lentement ?
– Pourquoi dit-on qu’il existe « des temps libres » et des « temps morts » ?
– Est-ce qu’on peut perdre son temps ?
– Pourquoi une heure peut passer vite ou lentement ?
– À quoi ça sert de rêver ? À quoi ça sert d’imaginer ?

 

D’autres lectures pour continuer la réflexion à l’école et à la maison


Maurice Sendak, Max et les maximonstres, L’école des loisirs
https://www.ecoledesloisirs.fr/livre/max-maximonstres
Max est un très grand classique de la littérature de jeunesse sur le pouvoir de l’imaginaire enfantin. À force de faire des bêtises dans son terrible costume de loup, Max finit par être puni par sa mère : il est enfermé dans sa chambre et privé de dîner. Banni dans sa chambre, il est doublement abandonné : il est seul et sans nourriture. Une étrange forêt se met alors à pousser dans la chambre de Max, puis apparait un océan et une barque. S’enfuyant sur le bateau, Max débarque sur l’île des Maximonstres (bêtes terrifiantes, griffues, dentues et poilues) dont il devient rapidement le roi. Mais rapidement lui vient la nostalgie de son chez-lui, des bonnes odeurs de cuisine et de l’amour de sa mère. L’aventure de Max dans le monde du rêve et de l’imaginaire lui aura permis de calmer ses émotions pour mieux retrouver sa place au sein du foyer.

 


De Wolf Erlbruch, Remue-ménage chez madame K, Editions Milan
Madame K. subit un quotidien terne et monotone. Son mari se soucie peu d’elle. Son désœuvrement engendre de l’angoisse et elle broie du noir toute la journée. C’est ici la face sombre de l’ennui. Heureusement, Madame K retrouvera un sens à sa vie grâce à un petit oisillon tombé du nid dont elle va prendre le temps de s’occuper. Cette rencontre sera l’occasion de la libération de madame K au sens propre comme au figuré, car à la fin de l’album on la voit s’envoler vers une nouvelle vie.

 


Christine Naumann-Villemin, Qu’est-ce que je m’ennuie, L’école des loisirs
https://www.ecoledesloisirs.fr/livre/quest-ce-que-je-mennuie
« Je m’ennuie, je m’ennuie, je m’ennuie », se répète en boucle le petit garçon de l’histoire. Mais à force de se lamenter sur son sort, il passe à côté de ce qui se passe pourtant de passionnant sous ses yeux : comme une étrange plante qui pousse, un trésor caché, des personnages mystérieux. Et si le temps dit « mort » du désœuvrement pouvait se révéler être l’occasion unique de (re)découvrir les merveilles du monde qui nous entoure ?

 


Brigitte Labbé,
Michel Puech, Prendre son temps, perdre son temps, Editions Milan, coll. « Les Goûters philo »
https://www.editionsmilan.com/livres-jeunesse/documentaires/6-10-ans/prendre-son-temps-et-perdre-son-temps

À partir de petits récits très ludiques, les auteurs invitent les jeunes lecteurs (et les adultes qui les lisent aussi !) à réfléchir sur la question. L’ouvrage permet de faire le tour de la problématique de façon très synthétique, claire et complète. Un ouvrage très utile pour lancer les discussions avec les enfants. Par exemple le chapitre sur « C’est important de s’ennuyer » (pp. 25-27)

 


Revue Phileas et Autobule « Viiiite ! », n°26
https://www.phileasetautobule.be/produit/n26-viiiite/
Cette revue de philosophie pour enfants propose des récits et des jeux pour aborder de façon ludique les grandes questions philosophiques.

 

Présentation élaborée avec Edwige Chirouter, philosophe, maitre de conférences HDR à l’Université de Nantes et membre du CREN (Centre de Recherche en Education de Nantes). Spécialiste de Jean-Jacques Rousseau et des liens entre philosophie et littérature, elle applique désormais ses recherches à la pratique de la philosophie avant la Terminale et à l’école primaire en particulier.  Elle est titulaire de la Chaire UNESCO – « Pratiques de la philosophie avec les enfants : une base éducative pour le dialogue interculturel et la transformation sociale ».

 

La série de films animés Mily Miss Questions est produite par Ciel de Paris www.cieldeparisprod.fr

Retrouvez les activités des Journées « Les Jeunes philosophent » sur le site des Rencontres Philosophiques de Monaco http://philomonaco.com/blog 

Avec l’épisode Les Titans (Mily Miss Questions)
Dans le cadre des Journées « Les Jeunes philosophent » : LE TEMPS, Mai 2020

 

Philosophons avec nos enfants !

Plus que jamais, prenons le temps de philosopher avec les enfants, offrons-leur des oasis de pensée pour répondre à toutes les questions qu’ils se posent inévitablement en ces temps de crise. Lire, écouter, raconter des histoires permet d’aborder avec délicatesse, poésie et humour des thématiques parfois angoissantes, même pour les adultes. Elles sont une excellente médiation pour philosopher avec les enfants : que ce soit pour les parents ou les enseignants, discuter à partir d’une histoire permet de mettre un peu de distance pour penser sans être envahis par les émotions. La littérature permet ainsi d’approfondir la réflexion, de sortir de l’anecdote et de prendre du recul pour penser de façon plus sereine. Les histoires nous amusent, nous divertissent, nous font voyager, mais elles nous aident aussi et surtout à grandir et à mieux donner sens aux mondes.

 

Quelques pistes philosophiques pour en discuter avec les enfants

Durant le temps de confinement, nous avons pu faire l’expérience de l’ennui. C’est peut-être une expérience inédite pour nos enfants car dans nos sociétés contemporaines ils sont plutôt sur-sollicités en activités de toute sorte. Ils n’ont pas le temps de s’ennuyer. Leur rapport au temps est plutôt au quotidien – comme pour les parents d’ailleurs ! – celui de la vitesse, du zapping, de l’immédiateté. Il n’y a guère de place pour le vide, le silence, pour ce qu’on appelle parfois terriblement des « temps morts »…

Dans une première acceptation, l’ennui peut avoir une connotation négative et susciter l’angoisse du vide, de la tristesse, du désœuvrement. L’expérience de l’ennui peut venir aussi d’un manque d’intérêt et de motivation pour des activités répétitives et imposées. L’ennui renvoie alors à la morosité du quotidien, à la routine (comme chez Madame Bovary) ou la répétitivité de tâches sans aucun intérêt ni surtout aucun sens (comme dans Les temps modernes de Chaplin). La tristesse, l’angoisse et le sentiment de vacuité qui en découlent est la face noire et négative de l’ennui, tel le « spleen » de Baudelaire.

Pourtant il est aussi possible d’apprécier l’ennui, comme un temps enfin libre qui peut stimuler la créativité. On en profite alors pour rêver, imaginer, se retrouver, prendre le temps de réfléchir sur le monde et sur soi – comme dans l’épisode de Mily « Les titans ». C’est ici la face positive de l’ennui. Ceux qui craignent d’ailleurs l’ennui et surchargent leur emploi du temps, ceux qui redoutent le vide et le silence, craignent peut-être surtout ce face à face avec soi-même.

Il faut donc distinguer un ennui négatif, qui renvoie au vide et l’absence de sens et un ennui positif qui permet l’introspection, l’imagination, la rêverie, la créativité, la réflexion. Pendant le temps du confinement, nous avons souvent entendu cette phrase du philosophe Pascal : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. »

 

Résumé de l’histoire

Mily s’ennuie : elle tourne en rond dans sa chambre. Elle semble avoir fait le tour de toutes les activités possibles et ne sait vraiment plus quoi faire. Ce désœuvrement la rend triste. Sa mère lui dit que ce n’est pas grave de s’ennuyer, bien au contraire ! Car l’ennui peut aussi être source de créativité. Pas trop convaincue, Mily va chercher des réponses auprès de ses meilleurs amis.


Regarder l’épisode

 

Questions de relance pour discuter avec les enfants

– Y a-t-il un personnage du dessin animé avec qui tu es le plus d’accord ? Pourquoi ?
– Est-ce que ça peut être bien de s’ennuyer ?
– S’ennuyer : c’est ne rien faire ou faire quelque chose qui ne nous plaît pas ?
– Est-ce que quand on s’ennuie le temps passe plus lentement ?
– Pourquoi dit-on qu’il existe « des temps libres » et des « temps morts » ?
– Est-ce qu’on peut perdre son temps ?
– Pourquoi une heure peut passer vite ou lentement ?
– À quoi ça sert de rêver ? À quoi ça sert d’imaginer ?

 

D’autres lectures pour continuer la réflexion à l’école et à la maison


Maurice Sendak, Max et les maximonstres, L’école des loisirs
https://www.ecoledesloisirs.fr/livre/max-maximonstres
Max est un très grand classique de la littérature de jeunesse sur le pouvoir de l’imaginaire enfantin. À force de faire des bêtises dans son terrible costume de loup, Max finit par être puni par sa mère : il est enfermé dans sa chambre et privé de dîner. Banni dans sa chambre, il est doublement abandonné : il est seul et sans nourriture. Une étrange forêt se met alors à pousser dans la chambre de Max, puis apparait un océan et une barque. S’enfuyant sur le bateau, Max débarque sur l’île des Maximonstres (bêtes terrifiantes, griffues, dentues et poilues) dont il devient rapidement le roi. Mais rapidement lui vient la nostalgie de son chez-lui, des bonnes odeurs de cuisine et de l’amour de sa mère. L’aventure de Max dans le monde du rêve et de l’imaginaire lui aura permis de calmer ses émotions pour mieux retrouver sa place au sein du foyer.

 


De Wolf Erlbruch, Remue-ménage chez madame K, Editions Milan
Madame K. subit un quotidien terne et monotone. Son mari se soucie peu d’elle. Son désœuvrement engendre de l’angoisse et elle broie du noir toute la journée. C’est ici la face sombre de l’ennui. Heureusement, Madame K retrouvera un sens à sa vie grâce à un petit oisillon tombé du nid dont elle va prendre le temps de s’occuper. Cette rencontre sera l’occasion de la libération de madame K au sens propre comme au figuré, car à la fin de l’album on la voit s’envoler vers une nouvelle vie.

 


Christine Naumann-Villemin, Qu’est-ce que je m’ennuie, L’école des loisirs
https://www.ecoledesloisirs.fr/livre/quest-ce-que-je-mennuie
« Je m’ennuie, je m’ennuie, je m’ennuie », se répète en boucle le petit garçon de l’histoire. Mais à force de se lamenter sur son sort, il passe à côté de ce qui se passe pourtant de passionnant sous ses yeux : comme une étrange plante qui pousse, un trésor caché, des personnages mystérieux. Et si le temps dit « mort » du désœuvrement pouvait se révéler être l’occasion unique de (re)découvrir les merveilles du monde qui nous entoure ?

 


Brigitte Labbé,
Michel Puech, Prendre son temps, perdre son temps, Editions Milan, coll. « Les Goûters philo »
https://www.editionsmilan.com/livres-jeunesse/documentaires/6-10-ans/prendre-son-temps-et-perdre-son-temps

À partir de petits récits très ludiques, les auteurs invitent les jeunes lecteurs (et les adultes qui les lisent aussi !) à réfléchir sur la question. L’ouvrage permet de faire le tour de la problématique de façon très synthétique, claire et complète. Un ouvrage très utile pour lancer les discussions avec les enfants. Par exemple le chapitre sur « C’est important de s’ennuyer » (pp. 25-27)

 


Revue Phileas et Autobule « Viiiite ! », n°26
https://www.phileasetautobule.be/produit/n26-viiiite/
Cette revue de philosophie pour enfants propose des récits et des jeux pour aborder de façon ludique les grandes questions philosophiques.

 

Présentation élaborée avec Edwige Chirouter, philosophe, maitre de conférences HDR à l’Université de Nantes et membre du CREN (Centre de Recherche en Education de Nantes). Spécialiste de Jean-Jacques Rousseau et des liens entre philosophie et littérature, elle applique désormais ses recherches à la pratique de la philosophie avant la Terminale et à l’école primaire en particulier.  Elle est titulaire de la Chaire UNESCO – « Pratiques de la philosophie avec les enfants : une base éducative pour le dialogue interculturel et la transformation sociale ».

 

La série de films animés Mily Miss Questions est produite par Ciel de Paris www.cieldeparisprod.fr

Retrouvez les activités des Journées « Les Jeunes philosophent » sur le site des Rencontres Philosophiques de Monaco http://philomonaco.com/blog 

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