Constantin Sigov / La presse / mars Ă  novembre 2022

Philo Blog

17 mars 2022 – Constantin Sigov sur LCI

«À Kiev comme partout, les Ukrainiens rĂ©sistent»  

À l’aube de la guerre, quand l’annonce venait tout juste d’éclater au grand jour, le philosophe Constantin Sigov Ă©clairait sur les consĂ©quences potentielles de l’instrumentalisation des forces BiĂ©lorusses dans ce conflit gĂ©opolitique. Il dĂ©plore l’importance de couper l’alliance militaire entre Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko, en rappelant l’importance du patrimoine mondial Ă  protĂ©ger, notamment des cathĂ©drales datant du XXIĂšme siĂšcle et le centre-ville de la capitale. Comment penser, dans de telles circonstances, une cohabitation future avec la Russie ?

24 mars 2022 – Constantin Sigov Ă  la radio

Le philosophe explique son choix d’ĂȘtre restĂ© sur place, Ă  Kiev, pendant que des milliers fuient les bombardements. Il appuie l’importance de dĂ©noncer les crimes de guerre de l’armĂ©e russe tout en Ă©tant sur le terrain.

18 avril 2022 – Constantin Sigov sur France Info

«La rĂ©sistance, quoi qu’il en coĂ»te»

Constantin Sigov s’exprime ici sur la situation Ă  Kiev oĂč il vit, comme tous les Ukrainiens sur place, au rythme des bombardements russes. MalgrĂ© ceci les Ukrainiens rĂ©sistent coĂ»te que coĂ»te, ce qui, d’aprĂšs le philosophe, veut dire que symboliquement Vladimir Poutine a dĂ©jĂ  perdu la guerre. Il nous fait Ă©galement part de l’importance de son travail et des tĂ©moignages qu’il partage en langue française, afin d’alerter sur le quotidien des citoyens Ukrainiens.

18 avril 2022 – Constantin Sigov sur France Info

«Guerre en Ukraine, le témoignage citoyen»

 La rĂ©alitĂ© du coĂ»t humain qu’a la guerre en Ukraine est ici partagĂ©e par le philosophe Constantin Sigov qui nous fait part d’une lettre reçue par une de ses collĂšgues de l’UniversitĂ© de Kiev, lui apprenant la mort de son fils de 25 ans, psychologue, au combat. Il s’était inscrit volontaire Ă  l’armĂ©e afin de travailler la morale avec les dĂ©fenseurs de Kiev et apporter un soutien psychologique aux soldats engagĂ©s. Le philosophe dĂ©nonce un « ocĂ©an de deuil et de malheur » qui submerge son pays et les dĂ©fis auxquels nous faisons face, notamment avec la question des couloirs humanitaires.

27 mai 2022 – Constantin Sigov est l’invitĂ© de Christian Dard sur Radio J

« 92Úme jour de guerre en Ukraine »

Constantin Sigov s’exprime ici sur l’importance de la justice en cette pĂ©riode de guerre. L’armĂ©e russe avance avec des stratĂ©gies gĂ©ographiques, ciblant certaines villes plus que d’autres, une technique martiale dont le philosophe ukrainien nous explique l’importance, notamment en parlant du concept de «ville martyre».

13 aoĂ»t 2022 – Entretien dans le quotidien italien Avvenire (article en italien)

«La centrale nuclĂ©aire: le dernier chantage de Moscou Ă  l’Occident»

7 octobre 2022 – Entretien avec Monaco Info

«Le témoignage du philosophe ukrainien Constantin Sigov»

11 octobre 2022 – Article Monaco Matin

« “Il faut redonner la confiance aux mots”: le philosophe ukrainien Constantin Sigov est l’invitĂ© des Rencontres philosophiques de Monaco »

PrĂ©sidente des Rencontres philosophiques de Monaco, Charlotte Casiraghi a ƓuvrĂ© pour accueillir le philosophe ukrainien plusieurs semaines dans un atelier d’artiste en PrincipautĂ© avec l’aide de Françoise Gamerdinger, qui dirige les Affaires culturelles, et de Danielle Cottalorda, responsable de la communication de la Croix-Rouge monĂ©gasque. Photo Cyril Dodergny

Guerre et philosophie. Les termes – qui peuvent paraĂźtre antinomiques – se rejoignent sur l’affiche des Rencontres philosophiques de Monaco qui ouvriront leur cycle, jeudi Ă  19 heures au thĂ©Ăątre Princesse-Grace autour de cette thĂ©matique. En invitant sur scĂšne le philosophe ukrainien Constantin Sigov qui dirige le Centre europĂ©en Ă  l’UniversitĂ© Mohyla de Kiev.

Francophone et francophile, Constantiv Sigov a tissĂ© depuis trente ans des liens solides avec les personnages de la philosophie française, qu’il a contribuĂ© Ă  faire connaĂźtre plus largement dans son pays, en publiant des versions ukrainiennes de leurs Ă©crits.

Depuis plusieurs semaines, c’est Ă  Monaco, dans un atelier d’artiste mis Ă  disposition par la direction des Affaires culturelles qu’il est installĂ©. Un refuge temporaire pour lui permettre d’écrire un livre de rĂ©flexion, avec le soutien d’une bourse versĂ©e par la Croix Rouge monĂ©gasque aprĂšs la mobilisation au printemps dernier des entitĂ©s culturelles du pays en faveur d’un projet culturel en lien avec l’Ukraine.

Cette parenthÚse monégasque, le philosophe la conclura avec le public des Rencontres Philosophiques de Monaco à qui il tient à exprimer sa gratitude. Interview.

Quel a été votre quotidien pendant ces semaines à Monaco ?
Je suis Ă©tonnĂ© par la diversitĂ© des gens qui font partie des Rencontres philosophiques, de voir combien cette activitĂ© philosophique, cette intelligence des diversitĂ©s est vĂ©cue et enracinĂ©e en PrincipautĂ©. C’est une surprise positive. Et de voir qu’elle est adressĂ©e aux jeunes, c’est tout Ă  fait unique. À mon avis, c’est l’avenir pour l’Europe d’articuler, de penser cela ensemble.

“Il faut se prĂ©parer Ă  une victoire de l’Ukraine”

Dans votre ouvrage, vous Ă©voquez la naissance d’une nouvelle Europe

Je pense qu’aprĂšs cette annĂ©e 2022, on aura une nouvelle Europe. Et cette nouvelle Europe devra penser une solidaritĂ© nĂ©cessaire, au-delĂ  des frontiĂšres de l’Union europĂ©enne stricto sensu. Je vois que les gens commencent Ă  envisager comment l’Occident va vivre aprĂšs Poutine. Il faut se prĂ©parer sĂ©rieusement et calmement Ă  une victoire ukrainienne. Moralement et politiquement on voit dĂ©jĂ  que l’Europe a gagnĂ©. Nous avons appris Ă  ne pas avoir peur. Cette expĂ©rience est partagĂ©e Ă  une Ă©chelle beaucoup plus grande, mĂȘme si je comprends que 400 millions d’habitants en Europe redoutent le pire cet hiver.

La guerre est souvent qualifiĂ©e de point aveugle de la philosophie. Comment donner un chemin de pensĂ©e au travers des atrocitĂ©s qui nous parviennent d’Ukraine?
Tout le monde suit l’actualitĂ© au jour le jour, on voit les atrocitĂ©s que l’on dĂ©couvre en libĂ©rant des villes. Ce n’est pas la peine d’insister lĂ -dessus. Je ne veux pas multiplier les raisons pour ĂȘtre angoissĂ©. Au contraire, c’est ce rĂ©veil de la mĂ©moire de la RĂ©sistance qui m’intĂ©resse.
Quand je frĂ©quente vos musĂ©es et que je regarde les photos de Monaco libĂ©rĂ©e aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, j’imagine que je les regarde un peu diffĂ©remment des autres touristes. Je vois ça comme l’actualitĂ© de Kharkiv, de Marioupol. Cette libĂ©ration, cette reconstruction de la vie normale rĂ©veille des choses qui Ă©taient claires pour les pĂšres fondateurs de l’Europe et qui avait Ă©tĂ© complĂštement oubliĂ©. Leur expĂ©rience nous revient. L’Europe a Ă©tĂ© construite comme le socle de la paix. Je pense Ă  la citation d’Emmanuel Levinas, “AprĂšs vous : cette formule de politesse devrait ĂȘtre la plus belle dĂ©finition de notre civilisation”.

En quel sens?
Emmanuel Levinas voyait dans les formules quotidiennes de politesse, quelque chose de beaucoup plus profond qui prĂ©serve l’humanitĂ©, qui permet l’humanitĂ© et qui indique comme une flĂšche sur quoi notre civilisation s’appuie. Comme si la formule “aprĂšs vous” signifiait “nous sommes en train de vivre aprĂšs vous”. Et elle porte une profonde gratitude, condition sine qua non de notre existence. C’est pareil par rapport aux gens qui ont donnĂ© leur vie pour notre libertĂ©. Je pense que pour Levinas, qui lui-mĂȘme a vĂ©cu la Shoah, ça a Ă©tĂ© trĂšs prĂ©sent.

“Le mensonge est un ouragan”

Comment faites-vous pour construire votre rĂ©flexion, prendre du recul et tĂ©moigner alors qu’en Ukraine, la guerre est encore une rĂ©alitĂ© qui se vit au quotidien?
Tous les jours, je lĂšve les yeux vers ces montagnes, (il indique du doigt, Ă  travers la fenĂȘtre, le Mont Agel qu’il voit depuis son atelier). Je crois Ă  l’idĂ©e profonde que c’est grĂące Ă  la parole avec autrui que l’on peut tenir au moment le plus dur oĂč il y a un danger rĂ©el d’aphasie. C’est ce que j’ai commencĂ© Ă  sentir au mois de juin mais qui est devenu plus clair. Ce n’est pas pour rien que pas mal de gens aprĂšs la Seconde Guerre mondiale n’ont pas pu tĂ©moigner. Je crois prĂ©cisĂ©ment que ce qui se passe Ă  Monaco est une invitation Ă  dire des choses que spontanĂ©ment on prĂ©fĂšre mettre en parenthĂšse.

On vous qualifie souvent de “bĂątisseur de ponts entre les cultures”. Des ponts pourront ĂȘtre Ă  nouveau bĂątis Ă  l’avenir entre l’Ukraine et la Russie?
Une Ă©norme folie a Ă©tĂ© jetĂ©e sur notre continent. Et le rĂ©veil de l’intelligence est absolument nĂ©cessaire pour penser ce qui se passe sans Ă©motion, sans passion dans la mesure du possible. Parce que le mensonge est un ouragan qui a emportĂ© beaucoup de choses, avec les fake news. Aujourd’hui il faut redonner la confiance aux mots que nous employons, c’est absolument nĂ©cessaire pour se retrouver, parler, avoir des choses en commun. Depuis vingt ans, je dirige d’ailleurs le Dictionnaire des intraduisibles [rĂ©unissant des notions et des termes de philosophie de toute l’Europe, N.D.L.R.]. Nous en sommes au cinquiĂšme volume de traduction en langue ukrainienne et en langue russe. Et le rĂ©seau de philosophes que nous sommes sur ce projet continue Ă  Ɠuvrer. Bien sĂ»r, les gens qui y participent sont bousculĂ©s mais on travaille malgrĂ© tout pour baliser le terrain d’intelligence des mots. Et je crois que ce sont les grandes amitiĂ©s qui nous donnent la force d’aller au-delĂ  des fissures, des soupçons.

La guerre, une question qui traverse l’histoire de la philosophie

La guerre et la philosophie, l’échange promet d’ĂȘtre fort avec Constantin Sigov aux Rencontres philosophiques de Monaco. À ses cĂŽtĂ©s, les philosophes Isabelle Delpa et Francis Wolff distilleront leurs points de vue et Robert Maggiori mĂšnera l’échange.

“Cette question traverse l’histoire de la philosophie”, estime Charlotte Casiraghi, qui prĂ©side les Rencontres philosophiques, “elle est prise dans l’actualitĂ© et quelque chose a changĂ©. La guerre est en images tout le temps, un flot d’images difficiles nous parvient de façon tellement permanente que la plupart des gens pensent savoir ce que c’est la guerre. Mais ces images ont quelque chose d’hypnotique qui coupe le fait de pouvoir penser cette rĂ©alitĂ© qui est une dĂ©chirure pour nous tous”.

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