Universalisme, universel et traduction // Conférence de Souleymane Bachir Diagne

S’il faut mener la critique d’un universalisme qui s’est construit comme un exceptionnalisme de l’Europe faisant de cette « presqu’île que l’Asie pousse jusqu’à l’Atlantique » (Sartre) le centre fondé à apporter, dans la violence coloniale, l’universel au reste du monde, il faut se garder de deux choses. D’abord de transformer cette critique en une dénonciation sans nuance et sans appel des Lumières (on considèrera ici le « cas » d’Emmanuel Kant). Ensuite, et surtout, de considérer que la critique doit se conclure nécessairement par un abandon pur et simple de « l’universel » comme étant toujours « impérial ».  Contre l’universel impérial il s’agira en effet bien plutôt de mettre en œuvre une pratique d’universalisation qui s’effectue depuis le pluriel du monde, dans la rencontre de cultures et de langues différentes, toutes équivalentes. D’un mot : dans le (multi)latéralisme que Maurice Merleau-Ponty, par exemple, nous apprend à penser. Cette pratique étant elle-même celle de la traduction, fondée sur l’affirmation d’un « commun » humain contre les identitarismes qui enferment les cultures qu’ils considèrent incommensurables dans des bantoustans.

Intervenants

Philosophe sénégalais, Souleymane Bachir Diagne est professeur émérite à l’université de Columbia, à New York. Ses ouvrages les plus récents en français…

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