L’aventure sied au désir, car celui-ci est toujours tourné vers ce qui « n’est pas encore », ce qui est à-venir, près d’advenir (ad-venturus). Il correspond aux modalités par lesquelles le corps, le cœur et l’esprit tentent de rapprocher ce qui est loin, de rendre présent ce qui est absent, de rendre disponible, au moins un temps, ce qui fait défaut et manque. L’aventure fait de même: qu’elle ait trait à la science, à la géographie, aux relations amoureuses, au sport, etc., elle avance vers la découverte, vers ce qui n’est pas encore connu, pas encore expérimenté, amadoué, maîtrisé, banalisé – et, comme le désir, va toujours « ailleurs », plus loin. Aussi, à suivre en même temps les aventures du désir et les désirs d’aventure, aurait-on une vue panoptique de l’être humain: de sa vie intérieure, même inconsciente, de son action sur le monde.
Robert Maggiori