Parler de « géopolitique du désir » eût sans doute fait sourire ou interloqué il y a encore une ou deux décennies. Doit-on en effet entendre par là que le désir aurait une géographie, varierait selon les latitudes comme il a varié selon les époques historiques, et serait parfois « politique » – ce qui n’est pas incongru, puisque « faire de la politique » ne peut exclure ni volonté, ni engagement ni aspiration. Mais n’est-ce pas plutôt la géopolitique qui serait, comme d’un grand vent, parcourue, secouée et recomposée par le désir ? Jadis le paysage géopolitique était façonné par des stratèges, les agents de services secrets, les ministres d’Affaires étrangères, les Présidents, les généraux, les diplomates, les shadow cabinets et autres conseillers abscons. Mais à présent ? Suffit-il que la colère d’une communauté gronde, ou même qu’un autocrate se lève du mauvais pied le matin, se précipite sur X, y exprime ses envies, ses désirs, voire ses caprices, pour modifier l’équilibre du monde ?
Robert Maggiori