Le désir est déjà en lui-même une addiction, parce qu’il ne suffit pas de vouloir « ne pas désirer » pour ne pas désirer, comme il est impossible de vouloir (ne pas) tomber amoureux ou de cesser d’aimer quand on aime. Sa spirale court à l’infini, car jamais il n’arrive à « ne manquer de rien », à être rassasié. L’addiction échappe également au vouloir: si l’on a commencé à fumer par envie, goût et plaisir, on continue par contrainte (interne), par nécessité, laquelle résiste à la raison et à la volonté, quelques périls mortels celles-ci soient capables de prévoir. Autrement dit, entre désirs et addictions, il y a le pont en sens unique qui conduit de l’envie au besoin, du verre d’eau qu’on boit avec délectation un jour de grande chaleur, au liquide qu’on est « obligé » de s’injecter pour ne pas mourir d’angoisse. Mais ce n’est pas si simple: même comme nécessité et besoin, même comme pulsion de répétition que l’on finit par détester, l’addiction procure peu ou prou du plaisir, de la jouissance, et… le désir de les retrouver. Cercle vicieux.
Robert Maggiori