Apprécier son reflet dans le miroir, prendre plusieurs selfies jusqu’à se trouver beau ou belle, jouer avec les filtres… Il nous arrive d’aimer notre reflet et parfois, au contraire, d’en être chagrinés. Cette expérience est si ordinaire qu’on n’y prête pas toujours attention qu’elle mérite. Que se passerait-il si l’on se mettait à aimer son image plus que tout le reste, au point de ne plus vouloir la quitter des yeux ?
Il y a plus de deux mille ans, le poète latin Ovide racontait l’histoire de Narcisse, un jeune homme si beau que tout le monde l’aimait, sauf que lui n’aimait personne. Jusqu’au jour où il tomba amoureux de son propre reflet dans une source, incapable dès lors de s’en détacher. Ce mythe pose des questions qui nous concernent encore aujourd’hui : peut-on tomber amoureux d’une image ? Ce que je vois de moi dans un miroir, est-ce vraiment « moi » ? Peut-on trop s’aimer soi-même, au point de ne plus voir les autres ?
S’aimer soi-même, est-ce forcément un défaut ou au contraire est-ce nécessaire pour grandir et avoir confiance en soi ? Où se situe la limite entre s’aimer et s’aimer trop ? Cette question n’est pas seulement celle du mythe : les enfants d’aujourd’hui grandissent entourés d’images d’eux-mêmes, de miroirs et de selfies dont on peut se demander en quoi ils changent leur rapport à leur identité et à leurs relations aux autres.
Dans cet atelier, les enfants partiront du mythe de Narcisse pour réfléchir ensemble à ce que veut dire s’aimer soi-même, apprécier son image et être aimé pour ce que l’on est plutôt que pour ce que l’on montre. Ils échangeront sur la différence entre l’apparence et l’identité, sur le besoin d’être vu, admiré, et sur ce qui, selon eux, rend quelqu’un réellement digne d’être aimé.
Sans jamais dire ce qu’il faut penser, l’atelier de philosophie les invite à s’interroger sur une expérience bien actuelle : celle de se regarder, de vouloir plaire et de chercher qui l’on est vraiment au-delà des images que l’on affiche de soi.