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Quelle humanité pour les générations à venir ? // Alain Ehrenberg

Le « malaise » peut être résumé par une double idée : avec la généralisation des valeurs de l’autonomie, le lien social s’affaiblit et en contrepartie l’individu est surchargé de responsabilités et d’épreuves qu’il ne connaissait pas auparavant. Nous employons toutes sortes d’expressions désignant ce malaise : délitement du lien social, société de défiance, peur du déclassement, précarisation de l’existence, etc. La preuve de ce malaise se trouve dans ces pathologies sociales, ces maladies du lien qui se développent dans notre monde moderne. De nombreux essais, au ton souvent prophétique (« La société a disparu »), proclament la fragilisation, le déclin, voire la fin de la soumission à l’obligation sociale, autrement dit la perte d’autorité de la société sur les individus, en même temps que la remise en cause des formes de solidarité collective mises en place au XXe siècle. Nous serions entrés dans un individualisme non plus de personnalisation, mais de déliais, un individualisme devenu destructeur des appartenances collectives et donc des assises personnelles de chacun (…) Autonomie, malaise, souffrance psychique semblent dessiner une configuration de l’individualisme aujourd’hui. L’intrication des questions mentales et des questions sociales est une tendance fond de nos sociétés. 

 

Alain Ehrenberg, « Quelle humanité pour les générations à venir ? », L’Humain, Les Rencontres Philosophiques de Monaco, 2019, p.99

 

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Les Actes de la saison « L’Humain » sont disponibles dans la librairie en ligne philomonaco.

 

Le « malaise » peut être résumé par une double idée : avec la généralisation des valeurs de l’autonomie, le lien social s’affaiblit et en contrepartie l’individu est surchargé de responsabilités et d’épreuves qu’il ne connaissait pas auparavant. Nous employons toutes sortes d’expressions désignant ce malaise : délitement du lien social, société de défiance, peur du déclassement, précarisation de l’existence, etc. La preuve de ce malaise se trouve dans ces pathologies sociales, ces maladies du lien qui se développent dans notre monde moderne. De nombreux essais, au ton souvent prophétique (« La société a disparu »), proclament la fragilisation, le déclin, voire la fin de la soumission à l’obligation sociale, autrement dit la perte d’autorité de la société sur les individus, en même temps que la remise en cause des formes de solidarité collective mises en place au XXe siècle. Nous serions entrés dans un individualisme non plus de personnalisation, mais de déliais, un individualisme devenu destructeur des appartenances collectives et donc des assises personnelles de chacun (…) Autonomie, malaise, souffrance psychique semblent dessiner une configuration de l’individualisme aujourd’hui. L’intrication des questions mentales et des questions sociales est une tendance fond de nos sociétés. 

 

Alain Ehrenberg, « Quelle humanité pour les générations à venir ? », L’Humain, Les Rencontres Philosophiques de Monaco, 2019, p.99

 

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