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Lire et relire : La disparition des lucioles // Raphael Zagury-Orly

Survivance des lucioles (1) est tout entier habité par le constat suivant : le malaise de notre civilisation moderne va en s’accentuant. C’est une quasi-certitude. Notre époque est celle d’un malaise et ce malaise est paradoxalement vécu au cœur d’une quête incessante de bien-être. En effet, nous habitons un monde où jamais nous n’avons été plus mal à l’aise, aliénés, défaits. Tel est l’abyssal paradoxe de notre contemporanéité : jamais, depuis l’aurore de l’humanité, l’homme n’a été aussi outillé et aussi assuré de et dans son orientation, et pourtant jamais n’a-t-il été aussi vulnérable à une possible extinction de tout ce qui fait de lui un homme. Telle pourrait être la devise contemporaine : notre bien-être est indissociable d’un incontestable mal-être. Et nul ne pourrait, en vérité, dire comment, un jour, cette condition moderne de l’homme saura se transformer, ou pourra se transfigurer. Notre civilisation ne cesse de se miner en promulguant des « solutions » usées et galvaudées face aux crises qu’elle se doit d’endurer pour survivre. Nous le savons, même si nous demeurons sourds devant cette impasse : toutes les possibilités de sortir de perdition congénitale, de s’évader de ce que nous appelions, il n’y a pas si longtemps, l’aliénation, entretiennent et parfois aggravent même l’incessant paradoxe de cette logique. Pour rendre cet état de fait, et donc pour pénétrer et analyser notre contemporanéité, Georges Didi-Huberman use de cette image, qu’il reprend à Pasolini, de la disparition des lucioles, de l’extinction de ces petits coléoptères qui produisent de fragiles et évanescentes lueurs dans l’obscurité opaque et pesante de la nuit (…) 

 

(1) Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Éditions de Minuit, 2009.

 

Raphael Zagury-Orly, « Lire et relire : La disparition des lucioles » / Relire La disparition des lucioles de Pasolini avec Georges Didi-Huberman, Cahier 4, Les Rencontres Philosophiques de Monaco, 2018/2019, p. 115

 

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Les Cahiers des Rencontres Philosophiques de Monaco sont disponibles dans la librairie en ligne Philomonaco.

 

Survivance des lucioles (1) est tout entier habité par le constat suivant : le malaise de notre civilisation moderne va en s’accentuant. C’est une quasi-certitude. Notre époque est celle d’un malaise et ce malaise est paradoxalement vécu au cœur d’une quête incessante de bien-être. En effet, nous habitons un monde où jamais nous n’avons été plus mal à l’aise, aliénés, défaits. Tel est l’abyssal paradoxe de notre contemporanéité : jamais, depuis l’aurore de l’humanité, l’homme n’a été aussi outillé et aussi assuré de et dans son orientation, et pourtant jamais n’a-t-il été aussi vulnérable à une possible extinction de tout ce qui fait de lui un homme. Telle pourrait être la devise contemporaine : notre bien-être est indissociable d’un incontestable mal-être. Et nul ne pourrait, en vérité, dire comment, un jour, cette condition moderne de l’homme saura se transformer, ou pourra se transfigurer. Notre civilisation ne cesse de se miner en promulguant des « solutions » usées et galvaudées face aux crises qu’elle se doit d’endurer pour survivre. Nous le savons, même si nous demeurons sourds devant cette impasse : toutes les possibilités de sortir de perdition congénitale, de s’évader de ce que nous appelions, il n’y a pas si longtemps, l’aliénation, entretiennent et parfois aggravent même l’incessant paradoxe de cette logique. Pour rendre cet état de fait, et donc pour pénétrer et analyser notre contemporanéité, Georges Didi-Huberman use de cette image, qu’il reprend à Pasolini, de la disparition des lucioles, de l’extinction de ces petits coléoptères qui produisent de fragiles et évanescentes lueurs dans l’obscurité opaque et pesante de la nuit (…) 

 

(1) Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Éditions de Minuit, 2009.

 

Raphael Zagury-Orly, « Lire et relire : La disparition des lucioles » / Relire La disparition des lucioles de Pasolini avec Georges Didi-Huberman, Cahier 4, Les Rencontres Philosophiques de Monaco, 2018/2019, p. 115

 

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